Apprendre à apprendre : le rôle des fonctions exécutives

Apprendre à apprendre : comprendre la partie invisible des apprentissages

Lire, écrire, compter : ce sont les apprentissages que l'on voit, ceux que l'on évalue à l'école. Mais ce qui permet réellement à un enfant de les acquérir se joue en grande partie... ailleurs, dans une partie beaucoup moins visible. C'est ce que la métaphore de l'iceberg des apprentissages permet de comprendre simplement.

La métaphore de l'iceberg des apprentissages

Comme un iceberg, dont seule la pointe dépasse de l'eau, les apprentissages scolaires comportent :

  • une partie visible : lire, écrire, compter — ce que l'on observe directement chez l'enfant, et sur quoi porte l'évaluation scolaire ;

  • une partie invisible, immergée, bien plus volumineuse : c'est le socle sur lequel reposent ces apprentissages, et qui reste largement invisible au premier regard.

Cette image, très utilisée en pédagogie et dans les accompagnements thérapeutiques, aide à comprendre pourquoi deux enfants qui semblent fournir le même effort peuvent avoir des résultats très différents : la difficulté ne se situe pas toujours là où on la cherche.

Le socle invisible : ce qui soutient les apprentissages scolaires

Cette partie immergée regroupe plusieurs compétences qui, sans être elles-mêmes des « matières », conditionnent la capacité de l'enfant à apprendre :

  • les fonctions exécutives,

  • les fonctions attentionnelles,

  • la gestion des émotions,

  • le langage,

  • les prérequis logico-mathématiques (faire des liens de ressemblance, de différence, de régularité, de cause à conséquence...).

Parmi ces compétences, les fonctions exécutives occupent une place particulière : elles constituent le véritable socle sur lequel s'appuient tous les autres apprentissages. Une base mal cimentée ne permet pas à l'enfant d'aborder ses apprentissages dans les meilleures conditions, même s'il en a la capacité intellectuelle.

Les fonctions exécutives : les fondations de la maison

Pour comprendre leur importance, on peut imaginer les fonctions exécutives comme les fondations d'une maison. Pour construire les murs (lire, écrire, calculer...), il faut d'abord des fondations solides — sans quoi l'édifice reste bancal, quelle que soit la qualité des matériaux utilisés ensuite.

Les fonctions exécutives sont indispensables car elles influencent le fonctionnement d'autres capacités cognitives comme la mémoire, le raisonnement ou la réflexion. On les compare souvent à un « chef d'orchestre » : elles régulent nos pensées, nos comportements et nos émotions, et coordonnent l'ensemble pour qu'il fonctionne de façon cohérente.

Les travaux de la chercheuse Adele Diamond, une référence internationale sur ce sujet, ont montré que la qualité des fonctions exécutives durant l'enfance est associée à la réussite scolaire et professionnelle, à la qualité de vie, à la santé mentale et physique, ainsi qu'aux compétences sociales, sur le long terme.

Les fonctions exécutives centrales : de quoi parle-t-on ?

Le modèle le plus largement reconnu dans la recherche scientifique (proposé par Diamond) identifie trois fonctions exécutives centrales :

  • L'inhibition (ou contrôle inhibiteur) : la capacité à résister à une réponse automatique ou à une impulsion, pour privilégier une réponse plus adaptée à la situation.

  • La mémoire de travail : la capacité à maintenir une information active en tête le temps de l'utiliser, par exemple pour suivre une consigne en plusieurs étapes.

  • La flexibilité cognitive : la capacité à passer d'une tâche, d'une règle ou d'un point de vue à un autre, à s'adapter à un changement.

Dans certains modèles cliniques, utilisés notamment en évaluation neuropsychologique, une quatrième fonction est également identifiée : l'initiation, c'est-à-dire la capacité à démarrer une tâche ou une action sans avoir besoin d'y être poussé. Un enfant qui « sait » faire mais qui reste bloqué au moment de commencer un exercice illustre bien cette difficulté d'initiation, distincte d'un manque de motivation.

Pourquoi cette distinction change le regard porté sur l'enfant

Comprendre cette partie invisible des apprentissages a des conséquences très concrètes pour les parents comme pour les enseignants :

  • Un enfant qui peine à démarrer un travail, à rester concentré, à passer d'une consigne à l'autre ou à se contenir n'est pas forcément « paresseux » ou « pas assez motivé » : ses fonctions exécutives peuvent tout simplement être encore fragiles ou immatures.

  • Deux enfants de même niveau intellectuel peuvent progresser différemment si l'un a un socle exécutif plus solide que l'autre.

  • Travailler uniquement la « partie visible » (multiplier les exercices de lecture, d'écriture ou de calcul) ne suffit pas toujours : c'est aussi le socle qui doit être soutenu et renforcé.

En résumé
  • Les apprentissages scolaires reposent sur une partie visible (lire, écrire, compter) et une partie invisible bien plus vaste : le socle des apprentissages.

  • Ce socle comprend les fonctions exécutives, les fonctions attentionnelles, la gestion des émotions, le langage et les prérequis logico-mathématiques.

  • Les fonctions exécutives agissent comme les fondations d'une maison ou comme un chef d'orchestre : elles régulent pensées, comportements et émotions.

  • Le modèle scientifique de référence identifie 3 fonctions exécutives centrales (inhibition, mémoire de travail, flexibilité), auxquelles certains modèles cliniques ajoutent l'initiation.

  • Un enfant en difficulté scolaire n'a pas toujours un problème de capacité : le socle exécutif mérite d'être regardé de près.

Syriane Coolsaet | PSYCHOMOTRICIENNE

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une évaluation individualisée. En cas de doute sur le développement des fonctions exécutives de votre enfant, l'avis d'un professionnel (psychomotricien, neuropsychologue, ou autre professionnel de santé formé) reste recommandé.

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Syriane Coolsaet

Je suis Syriane, psychomotricienne diplômée depuis plus de 10 ans et exerçant en cabinet auprès d’enfants présentant des difficultés d’apprentissages.

Ici, je partage des conseils pratiques pour accompagner les enfants du CP au CM2 dans leurs apprentissages scolaires.

Vous trouverez des articles sur l'écriture et le geste graphique, l'attention et la concentration, la mémoire et les méthodes pour "apprendre à apprendre" — à destination des parents, mais aussi des enseignants.