Les différents types de dysgraphie chez l'enfant

Les différents types de dysgraphie chez l'enfant

Toutes les écritures dysgraphiques ne se ressemblent pas. Un enfant peut avoir une écriture crispée et anguleuse, un autre une écriture rapide et brouillonne, un troisième une écriture soignée mais obtenue au prix d'un effort épuisant. Pour mieux comprendre ces différences, plusieurs chercheurs ont proposé des classifications, qui restent aujourd'hui des repères de référence pour les professionnels.

La classification d'Ajuriaguerra : 5 profils graphiques

Le neuropsychiatre Julian de Ajuriaguerra (1911-1993), pionnier dans l'étude de l'écriture de l'enfant dans les années 1960, a établi une classification en cinq groupes distincts, selon l'aspect général du tracé.

  • La dysgraphie « maladroite » :

Lettres mal proportionnées, retouches et soudures entre les lettres, page mal organisée donnant une impression générale de désordre.

  • La dysgraphie « impulsive » :

Écriture rapide et précipitée, mouvement mal contrôlé : les formes deviennent saccadées et imprécises, au détriment de la structure des lettres.

  • La dysgraphie « lente et précise » :

À l'inverse, un enfant très appliqué, en recherche de précision : la forme des lettres reste bonne, mais au prix d'efforts importants et d'une grande lenteur d'exécution.

  • La dysgraphie « molle » :

Hypotonie et relâchement du tracé : irrégularités dans les dimensions des lettres, négligence générale, lignes ondulées.

  • La dysgraphie « raide » :

Hypertonie et tension à l'inverse du profil précédent : crispation, tracé irrégulier, anguleux, souvent avec un appui fort du stylo sur la feuille.

Une autre approche : les dysgraphies motrice et spatiale

En complément de la classification d'Ajuriaguerra, une autre approche distingue les dysgraphies non plus selon l'aspect visuel du tracé, mais selon le mécanisme sous-jacent à l'origine de la difficulté. On y retrouve notamment :

  • la dysgraphie motrice : les difficultés sont liées au geste moteur lui-même et à sa vitesse d'exécution ;

  • la dysgraphie spatiale : les difficultés sont liées à la gestion de l'espace (organisation sur la page, respect des lignes et des marges, agencement des lettres entre elles).

Précision utile : contrairement à ce que l'on trouve parfois, ces deux catégories ne font pas partie de la classification originale d'Ajuriaguerra. Elles proviennent d'une autre approche, plus centrée sur les mécanismes en cause (à laquelle s'ajoute généralement une troisième catégorie, la dysgraphie dite « linguistique », liée au langage écrit). Les deux approches sont complémentaires : l'une décrit ce que l'on observe, l'autre cherche à en comprendre l'origine.

La classification de Mojet : qualité et vitesse de l'écriture

Le chercheur Mojet (1991) propose une autre lecture de la dysgraphie, fondée cette fois sur deux critères mesurables : la qualité et la vitesse de l'écriture. Cette approche distingue quatre profils de scripteurs :

  • Type A : qualité et vitesse préservées — il n'y a pas de dysgraphie.

  • Type B : la qualité est préservée, mais la vitesse est impactée (l'enfant écrit lentement).

  • Type C : la qualité est déficitaire, mais la vitesse est préservée, voire rapide.

  • Type D : la qualité et la vitesse sont toutes les deux déficitaires.

Cette classification est particulièrement utile car elle rappelle qu'une écriture lente peut tout à fait rester lisible (type B), tandis qu'une écriture rapide n'est pas toujours un gage de qualité (type C).

La dysgraphie est rarement isolée

Un point important à connaître : la dysgraphie survient rarement seule. Elle est fréquemment associée à un ou plusieurs autres troubles, notamment :

  • les autres troubles « dys » (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie...),

  • les troubles du langage,

  • le TDA/H,

  • le haut potentiel intellectuel (HPI),

  • les troubles spatio-temporels,

  • les troubles visuo-spatiaux,

  • les troubles du schéma corporel et de la latéralité,

  • les troubles anxieux.

Cette association fréquente explique pourquoi un bilan complet, réalisé par un professionnel formé, est important : il permet de ne pas isoler l'écriture du reste du fonctionnement de l'enfant, et de comprendre ce qui, en amont, peut expliquer les difficultés observées.

Pourquoi connaître le « type » de dysgraphie est utile

Identifier le profil d'un enfant dysgraphique n'est pas qu'un exercice théorique : cela oriente concrètement l'accompagnement. Un enfant présentant une dysgraphie « molle » ne sera pas travaillé de la même façon qu'un enfant présentant une dysgraphie « raide » ou « impulsive » : le tonus, la vitesse, le contrôle du geste ou la gestion de l'espace ne demandent pas les mêmes axes de travail.

C'est pourquoi seule une évaluation individualisée, réalisée par un professionnel (psychomotricien, ergothérapeute ou autre professionnel formé), permet de déterminer précisément le ou les profils concernés chez un enfant donné.

En résumé
  • Ajuriaguerra distingue 5 profils graphiques : maladroite, impulsive, lente et précise, molle, raide.

  • Les dysgraphies motrice et spatiale relèvent d'une autre classification, centrée sur le mécanisme en cause plutôt que sur l'aspect visuel de l'écriture.

  • La classification de Mojet distingue 4 profils selon la qualité et la vitesse d'écriture (types A à D).

  • La dysgraphie est très rarement isolée : elle est souvent associée à d'autres troubles dys, au TDA/H, au HPI, à des troubles spatio-temporels, visuo-spatiaux, du schéma corporel ou anxieux.

  • Identifier le profil précis d'un enfant permet d'orienter un accompagnement réellement adapté.

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une évaluation individualisée. Seul un bilan réalisé par un professionnel formé permet de déterminer le type de dysgraphie et les troubles éventuellement associés chez un enfant.

Syriane Coolsaet | PSYCHOMOTRICIENNE

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Syriane Coolsaet

Je suis Syriane, psychomotricienne diplômée depuis plus de 10 ans et exerçant en cabinet auprès d’enfants présentant des difficultés d’apprentissages.

Ici, je partage des conseils pratiques pour accompagner les enfants du CP au CM2 dans leurs apprentissages scolaires.

Vous trouverez des articles sur l'écriture et le geste graphique, l'attention et la concentration, la mémoire et les méthodes pour "apprendre à apprendre" — à destination des parents, mais aussi des enseignants.